Drame·Film

Not my fucking tempo !

1200x630bbPour l’ignorant en Jazz que je suis, le titre m’a plutôt effrayé, pensant que Christian Grey allait, encore, venir ruiner un de mes visionnages. J’adore me tromper ainsi.

L’histoire d’un jeune artiste souhaitant réussir. L’histoire fut vue et revue à un point qu’on s’en lasserait presque. Attention, j’ai dit « presque ».

Ce « presque » comprend une narration parfaitement maîtrisée où l’on ne perd pas une seconde le fil de l’histoire. Un crescendo bien mesuré, « Not my fucking tempo ! », qui nous emmène du petit étudiant batteur sympathique, un peu timide, vers le batteur confirmé, obsédé et confus.

Ce « presque », c’est aussi un jeu d’acteur de la part de J.K. Simons et Milles Teller, ce dernier que je suis particulièrement content de voir sortir du lot, à couper le souffle. John J. Jameson loin derrière, J.K. Simons semble être fait pour ce rôle. Les phrases cinglantes, l’apparence tantôt joviale, tantôt despotique. Le tout dissimulant une philosophie, une idéologie qui, malgré son côté tyrannique, nous force à le comprendre.
Miles Teller n’est pas en reste, même s’il n’arrive pas à compenser le charisme de son aîné. Il a la tête de l’emploi : l’ado paumé avec peu de confiance en lui désespéré d’acceptation et de prouver qu’il ne s’est pas trompé en choisissant la musique. Cependant, son manque de charisme, justement, ne l’aide pas vraiment à devenir emblématique. Il est très bon, c’est déjà pas mal !

Ce « presque » n’oublie pas une réalisation contrôlée qui mène de l’ouverture des études en début de film vers l’étroitesse des répétitions incessantes d’Andrew. Cela ajoute au sentiment d’obsession et de rétrécissement du monde de ce pauvre garçon.

Dans cette veine, la scène de fin lors du concert donne une excellente vision que le monde n’existe plus, que tout se résume au duo Andrew/Fletcher, l’élève et le maître. La caméra fait des allers-retours entre ces deux personnages, la reste de la scène devenant flou, ne laissant que les deux protagonistes seuls pour l’apothéose de fin.

Et enfin, ce « presque » nous offre un message, porté par la philosophie de Fletcher, qui peut peut-être porter à contestation. Lorsqu’elle est révélée, le film prend une tout autre direction. Nous comprenons ses motivations, son but, son « pourquoi » et on en vient à l’apprécier sincèrement oubliant le maniaque antipathique qu’il a pu être depuis le début du film.

En dehors de ce presque, il y a des personnages lambda, utilitaires et oubliables. La relation avec le père est exposée brièvement à travers quelques scènes, sans grand impact. La petite amie est oubliable au possible, ne servant qu’à montrer ce qu’Andrew est prêt à sacrifier pour sa réussite. On le voit venir à des kilomètres d’ailleurs. Les « concurrents » servent leur but, sans vraiment poser de réels problèmes. Mais, on accepte cela, il faut bien faire avancer le schmilblick, l’essentiel étant le duo principal.

La bande-son, pour un film sur le jazz, est évidemment excellente. La répétition des morceaux nous enferment un peu plus avec Andrew dans son obsession, s’ouvrant à un moment clé du film, que je ne vais tout de même pas vous faire l’affront de révéler ! Non, mais !

Et, finalement, voyant l’importance du tempo, le morceau tire un peu en longueur. Cela sert le film, mais vient un moment où c’est nous qui avons envie de jeter une chaise à travers la pièce. Heureusement, l’essoufflement passe très vite, comme un piano-piano, avec le crescendo final menant au point d’orgue.

En conclusion, il n’y a « presque » rien à redire de Whiplash, dont le titre offre un parfait avant-goût de ce qui nous attend. Une succession de coups de fouet qui peuvent soit nous mettre à genoux, soit nous apprendre à nous relever pour nous dépasser. Christian ! Couchez !

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